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Yoga Iyengar à Bruxelles


Yoga Iyengar Bruxelles / Krishna instructs Arjuna

 

Krishna instruit Arjuna



Le message de la Bhagavad-Gîtâ


Ralph Stehly, Professeur d’histoire des religions, Université Marc Bloch, Strasbourg


L’homme indien – qu’il soit hindou ou bouddhiste – se sent pris dans les rets d’un déterminisme implacable, car s’il y a un Absolu impersonnel (le Brahman pour l’hindouisme, la Vacuité pour le bouddhisme), et des divinités personnelles, il n’y a pas de Dieu juge. Rien ne vient entraver les effets du karman. Or la production de karman est consubstantielle à la vie: dès que nous agissons, que ce soit en bien ou en mal, nous produisons du karman, c’est-à-dire que nous prolongeons d’autant le cycle des renaissances. Il faut bien se rendre compte que si nous agissons en bien, nous n’en produisons pas moins du karman. Certes, c’est du bon karman, mais c’est néanmoins du karman qui jette ses racines dans la vie suivante. Le problème majeur de la théologie hindoue, comme de la théologie bouddhique, est de trouver le moyen de sortir du cycle infernal des renaissances.yoga Iyengar


C’est dans cette cadre qu’il faut situer le problème posé par la Bhagavad-Gîtâ (sur la Bhagavad-Gîtâ, lire…) et qui n’a cessé de hanter la métaphysique indienne. Comment se comporter dans le monde ? Vaut-il mieux être engagé dans l’action, ce qui veut dire pour l’Inde accomplir son devoir dharmique (le devoir dharmique d’Arjuna, qui est un guerrier, est de combattre, quels que soient ses ennemis) ? ou vaut-il mieux s’engager dans la voie du renoncement ? Vaut-il mieux la pravritti ou la nivritti ?yoga


Devoir dharmique : dans la sphère humaine, agir selon le rta, c’est agir selon la loi morale (dharma vient de la racine dhr « être ferme », cf. le latin « firmus »)


La pravritti (« vie active dans le monde »), c’est l’idéal du brahmanisme classique. Après la fin de l’initiation vers 16 ans, on se marie en observant scrupuleusement le rituel védique. C’est seulement à la fin de la vie qu’on se retirera éventuellement du monde.yoga


La nivritti (« vie retirée du monde »); comme la précédente, cette attitude est aussi représentée dans le Mahâbhârata. A l’instar du bouddhisme, elle met l’accent sur la fugacité de tout ce qui existe. Partout la maladie, ce « cocher de la mort », la vieillesse et la mort sont aux aguets. Tout ceci est le résultat du karman. Il faut donc en finir au plus vite, et puisque l’action nous enchaîne, parce qu’elle produit du karman, il s’agit de mener la vie la plus retirée du monde, en agissant le moins possible. L’action étant produite par le désir d’agir, on travaillera sur le désir, non pas exactement pour le refouler, ce qui serait une régression, mais pour l’intégrer à un niveau supérieur, le transmuter en un désir plus noble: celui de la libération. Il s’agit d’être libre par rapport au désir. La technique de libération associée à cette conception de la vie sont les diverses formes de yoga. Il s’agit donc ici de la libération par l’ascèse (notons qu’il  y a classiquement trois autres voies de libération: la liturgie, la connaissance (jñâna) et la bhakti).yoga Iyengar


La Bhagavad-Gîtâ choisit la voie de l’action :  » Accomplis les actes prescrits: l’action est supérieure à l’inaction « . Accomplir les actes prescrits, autrement dit les actes prescrits par notre dharma, les actes qui nous incombent en vertu de notre situation particulière dans la société. Mais il faut agir en se détachant de ses actes et de leur résultats. C’est le fameux phala-trishna-vairâgya (« renoncement à la soif du fruit »).Iyengar


Indifférent au fruit de l’action, toujours satisfait, libre de toute attache, si affairé qu’il puisse être, en réalité, il n’agit pas , autrement dit l’homme n’ensemence pas son karman, qui l’enchaîne aux renaissances successives. Grâce au phalatrishnavairâgya, il est permis à tout homme d’espérer qu’il sera sauvé, alors même qu’il sera obligé de continuer à partager la vie sociale, à avoir une famille, des soucis, à occuper des fonctions, à commettre même des choses « immorales », comme Arjuna qui doit en vertu de son devoir dharmique tuer des membres de sa famille qui sont situés dans l’autre camp. On peut exprimer cela dans un langage plus contemporain: il faut suivre sa vocation, sa propre pente, sans penser à une éventuelle « récompense ». Penser à une éventuelle récompense, voilà ce qui nous enchaîne.yoga


Remarquons le lien évident entre ces conceptions et celles qui président aux pensées stratégiques telles qu’on les trouve chez Sun Tzu et dans des pratique martiales comme l’Aïkido : c’est quand l’action, sans renoncer à elle-même, laisse jouer dans son opération une vacuité intensionelle, qu’elle devient véritablement éfficace, c’est-à-dire salvatrice (Dojodubro)




 

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