Partagez !
Share On Facebook

Yoga Iyengar à Bruxelles / textes

Brâhman, âtman & yoga


Texte de synthèse accompagné de commentaires à partir des notes  sur la Katha-upanishad de Ralph Stehly, Professeur d’histoire des religions, Université Marc Bloch, Strasbourg. Nos commentaires et ajouts sont en bleu dans le texte .



yoga Iyangar Bruxelles / Atman Brâhman Yoga

 

Brâhmane enseignant à un jeune élève


 

C’est dans la Katha-upanishad du Yajur-veda noir que le terme de yoga apparaît pour la première fois. La structure littéraire de cette Upanishad est caractéristiques des Upanishads anciennes : les doctrines y sont exposées dans le cadre d’une relation d’enseignement entre un élève et son gourou. L’élève est un jeune brahmane du nom de Naciketas et le gourou n’est autre que Yama, autrement dit un être divin. C’est toujours à l’intérieur d’un tel cadre que les doctrines sont exposées dans les Upanishads anciennes. C’est un enseignement d’un gourou à son élève, à la demande de l’élève.

yoga iyengar in Brussels

Remarquons qu’il y a une corrélation entre la classe (varna) à laquelle les gourous appartiennent et le contenu de l’enseignement. Les gourous peuvent être soit des brahmanes, soit des ksahtriya-s (membres de la caste des guerriers et des gouvernants), soit des dieux.

yoga iyengar Integral viniyoga

Les gourous brahmanes représentent l’ordre ancien et enseignent des spéculations sur le rituel védique, les gourous kshatriya-s représentent une première innovation: ils enseignent l’équivalence Brahman-âtman. Les gourous divins enseignent le samnyâsa, le renoncement, au sens large et donc aussi le yoga. Le yoga est donc dans les Upanishads l’objet d’un enseignement divin (ici par Yama, Prajâpati dans Maitry-Upanishad ). Le brahmane Naciketas descend dans le royaume des morts pour se renseigner auprès de Yama sur le sort de l’homme après la mort. Yama lui révèle donc différents secrets, dont celui du yoga: iyengar

L’âtman « ne peut être atteint par l’exégèse, ni par l’intellect, ni par beaucoup d’étude « , mais est en fait le régisseur du corps (image du char et du cocher). Le corps est comparé à un char qui est tiré par des chevaux indisciplinés que le cocher n’arrive pas à diriger : les chevaux indisciplinés, ce sont les sens, le cocher c’est la buddhi (la conscience profonde) et les rênes, les manas.Iyengar integral kundalini

 

C’est donc un exposé sur l’âtman dont il est dit qu’il est inconnaissable par les moyens de la connaissance ordinaire, qu’il est transcendant et qu’on peut le faire advenir en nous par la pacification des sens, du manas et de la buddhi. Il faut ici aborder la dialectique Brahman / Âtman.

yoga iyengar

Le monde entier émane du Brahman et a le Brahman pour origine : « Ce figuier éternel dont la racine va en haut, les branches en bas, c’est le pur, le Brahman. On l’appelle l’immortel. Tous les mondes reposent en lui. » La racine unique, c’est le Brahman et les branches représentent les multiples facettes du monde. Cette image de l’arbre veut donc montrer comment du brahman unique émane la multiplicité du monde phénoménal. Les branches représentent les manifestations du Brahman dans le monde. Et le Brahman est omniprésent en tant qu’âtman dans tous les êtres :  » En vérité, ceci est cela « , l’âtman est le Brahman.


Il faut ici comprendre que cette dialectique ne tient que parce que l’homme, qui fait partie du monde phénoménal, est doué de langage – donc de conscience : il est celui qui énonce l’Être – Brâhman – dans l’être, Brâhman qui ne tient donc qu’à cette fonction énonciative. On peut aussi dire : le Brâhman ne peut se connaître lui-même qu’en tant qu’âtman, c’est-à-dire nécessairement dans la singularité humaine. Remarquons également la dimension « monothéiste » de ceci du fait que le Brâhman est omniprésent – donc en entier – dans « tous les êtres »- et la structure trinitaire de ces relations – Brâhman, âtman, homme.


Le texte dit que ce n’est ni par le discours, ni par la pensée (manas), ni par le regard, qu’on ne peut atteindre le Purusha (cf: +/- l’Être en tant que tel  mais qu’il ne faut pas « ontologiser » : il ne s’agit pas d’une entité mais de l’Être en acte dans l’homme, c’est-à-dire l' »âtman« ) : « Il est« , ce n’est qu’ainsi qu’on peut le saisir, et d’aucune autre manière. Le Purusha pénètre tout. Dénué de signe (a-linga), dépourvu de qualification [on peut simplement dire « il est« , et non pas « il est tel ou tel« ]. C’est le signe de l’absolue différence du Purusha. Il est non-représentable (cf; « je suis celui qui est », réponse de Dieu dans la bible hébraïque, ce « il » ne désignant pas une entité mais justement l’articulation avec le « je » par quoi l’homme énonce la fonction d’être).yoga iyengar integral kundalini Bruxelles

Ce qui implique que l’instrument adéquat pour atteindre le Purusha, pour prendre conscience qu’ « il est » , ce n’est pas le discours, ni le mental, ni le regard. Il doit être saisi dans son existence comme telle et cela ne peut se faire, selon la conception yoguique, qu’à la suite d’une connaissance expérimentale, par la méditation.


Il faut arriver à prendre conscience que le Purusha (l’âtman) est, qu’il existe. Mais l’âtman n’est pas un sujet de connaissance comme les autres, qui relèverait des instruments de connaissance habituels (comme on peut connaître un objet qui se trouverait devant nous) : il doit être saisi directement par lui-même et ne peut être saisi directement que par lui-même. Dans ce cas, il est l’un et l’autre: à la fois sujet de connaissance et objet de connaissance.


De là l’idée qu’Il faut arriver à une conscience directe, sans intermédiaire, de l’existence de l’âtman : le yoga est simplement cette prise de conscience que le Purusha est. Ainsi dans le samâdhi (extase), l’âtman médite sur lui-même et se saisit l’âtman lui-même. Seul le Purusha peut connaître le Purusha. Le seul instrument adéquat pour connaître le Purusha, c’est le Purusha lui-même. iyengar yoga


C’est dans ce but qu’il faut se libérer par rapport aux désirs du cœur: alors le mortel devient immortel et atteint dès ici-bas le Brahman. Il ne s’agit pas de nier la réalité des désirs car ils  sont nécessaires à la vie et sont le moteur de la vie. Simplement, il ne faut pas se laisser manipuler par eux. Pour que cela arrive, il faut prendre conscience de ses désirs et les intégrer dans une perspective supérieure, donc aussi de les contrôler. Il ne s’agit pas de les refouler (cf. on sait qu’ils ne font alors que revenir sous forme de symptômes). Il convient d’acquérir, par le travail sur soi-même, une liberté intérieure par rapport à eux.


Il faut donc une discipline qui aurait pour but de permettre à l’adepte de devenir concentré, concentration qui articulerait « production » – car il s’agit de faire advenir, produire les instruments de la connaissance du monde intérieur – et « résorption » – car les sens sont rétractés du monde extérieur vers le monde intérieur, pour l’exploration du monde intérieur. yoga iyengar kundalini viniyoga

 

Cette ferme maîtrise des sens, cette discipline, on la comprend sous le nom de yoga qui permet de faire advenir l’âtman.



 


Print This Post Print This Post Email This Post Email This Post

Autres cours au Dojo

Articles & Textes