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Yoga Iyengar à Bruxelles

Le Prânâyama dans les textes anciens

 

Cours de  Ralph Stehly, Professeur d’histoire des religions, Université de  Strasbourg

 

Pour ceux qui ne font pas de yoga, Prânâyama est une partie importante de la pratique du Yoga.  Que cela ne vous empêche pas de lire ce texte. Il va de soit que la notion chinoise de « chi » n’est pas sans rapport avec ce qui est dit ici.



Yoga Iyengar à Bruxelles / pranayama



Deux orthographes sont possibles: prânayama ou prânâyama. yoga Iyengar


  • La première, prânayama est à décomposer en: prâna + yama (yama= « maîtrise », donc « maîtrise du souffle »)
  • La deuxième, prânâyama est à décomposer en: prâna + â-yama (â-yama= « rétention », donc « rétention du souffle »).

Étymologie de prâna:


  • pra = préverbe « vers l’avant » (cf. latin « pro » dans « progresser ») yoga
  • an = « respirer » que l’on retrouve dans d’autres langues sœurs: grec: anemos, « vent » (cf. anémomètre) latin: anima « souffle, âme »-> fr. âme. iyengar

L’étymologie indo-européenne donne donc pour la racine « an » le sens de « souffle, vent, âme« , autrement dit souffle, mais qui peut être matériel  (vent, souffle respiratoire) ou bien immatériel (âme). Ce double sens de « souffle matériel et immatériel » existe aussi dans le sanskrit prâna: souffle matériel (que l’on inspire et expire) et « principe vital immatériel »,  un peu comme quand on dit en français: « il a du souffle« , ce qui ne veut pas seulement dire « il respire, il vit biologiquement« , mais « il a un élan intérieur, une énergie intérieure« . yoga


Ce double sens est également présent dans le français « inspiration »: on y trouve l’idée d’inhalation de l’air lors de l’inspiration mais aussi la signification « d’inspiration » dans le sens où l’on dit qu’on est inspiré, qu’on a de l’esprit, qu’on est le lieu d’une énergie créatrice qu’on éprouve comme venue d’ailleurs. yoga iyengar


Cette équivalence existe encore dans d’autres langues: Genèse 1.2: « La ruah de Dieu planait à la surface des eaux », dans ce texte de l’Ancien Testament ruah signifie à la fois « souffle » et « esprit ». Dans le Nouveau Testament, le terme utilisé est pneuma (cf. fr. « pneumatique »): c’est au sens figuré le souffle de Dieu, l’inspiration de Dieu qui guide les apôtres et l’Eglise, en un mot l’Esprit Saint. Egalement  pour le mot ‘Kokyu » en japonais mentionnons la même confusions dans le même terme de l’idée de respiration (anatomique) et d’inspiration (être habité par l' »esprit »). iyengar


Le prânayama consistera donc à contrôler le prâna dans sa double dimension, extérieure et intérieure, biologique et subtile. iyengar


Le prâna dans les Upanishads

aboutdesouffleweb


Le souffle est identifié à la vie :  » Tous les êtres vivants entrent dans la vie ici-bas avec le souffle et la quittent avec le souffle » (Chandoggya-up. 1.1.5.)


Dans les Upanishads anciennes, toutes les fonctions sensorielles (parole, respiration, regard (œil), audition (oreille), manas (mental, intellect)) sont appelées prâna. Cela s’explique aisément: elles sont en effet considérées comme des énergies qui vont à la rencontre de leurs objets et non comme des récepteurs passifs. Ce n’est que graduellement que le manas et les organes des sens (indriya-s) comme formes de la vie consciente ont été distingués du prâna, pour la raison, nous dit-on, que le prâna est la seule « énergie » qui soit active à la fois dans le sommeil et à l’état de veille, et donc qu’il est, à un niveau plus profond, le support de la vie en tant que telle: yoga iyengar


 » Dans le sommeil, le manas entre dans le prâna » (Ch 6.8.2.) [sous-entendu: mais le prâna, lui, ne se résorbe pas, il reste comme support de la vie].


En tant que seul élément permanent et indispensable de l’homme à travers les états de conscience, il est devenu très tôt une représentation symbolique et empirique commode de l’âtman, car présent comme lui dans tous les corps et partout dans le cosmos. Mais il n’est pas l’âtman à proprement parler, il en est ultimement différent, il n’en est que l’émanation:  » Le souffle naît de l’âtman » (Praçna-up 3.3). Çankara ne dira guère autre chose, quand il soutiendra que le prâna est de l’ordre du Brahman inférieur, premier-né du Brahman suprême (Praçna-upanishad-bhâshya 5.2). Cette double vérité, que le prâna est à la fois fondement de notre vie, mais seulement fondement avant-dernier, est exprimé dans un très beau passage de la Kaushîtaki-up. En 2.1, il est affirmé que la parole, l’oeil, l’oreille et le manas sont les serviteurs du prâna. Plus loin, en 2.2,  on lit que chacun englobe l’autre comme en des cercles concentriques: iyengar


….la parole englobe la vision, la vision l’audition, l’audition le manas, le manas le prâna.


Autrement dit, au fur et à mesure que l’on progresse de la parole vers le prâna, on progresse vers le centre de nous-mêmes. Le texte suggère qu’au-delà du prâna se trouve un noyau central : il s’agit bien entendu de l’âtman. yoga


Le prâna comme principe cosmique universel

Yoga Iyengar à Bruxelles / prâna

Nous venons de voir que, lorsque les Upanishads ont recherché le principe ultime en nous, elles en ont trouvé sa représentation (mais uniquement sa représentation) sous la forme du prâna. De même, lorsque les Upanishads iront à la quête du principe ultime de l’univers et qu’elles chercheront à l’appréhender sous sa forme phénoménale tangible la plus évidente, elles le désigneront par le terme de prâna, puisque le souffle habite à la fois l’univers et l’homme, tout comme le Brahman. Il n’y a donc pas seulement le souffle de la vie dans les hommes, mais aussi le souffle cosmique qui imprègne l’ensemble de l’univers. Mais l’un et l’autre ne sont pas deux réalités distinctes, il s’agit de la même, réalité. yoga iyengar


C’est là l’amorce d’un grand principe de la pensée indienne: tout ce qui se passe dans l’homme a son homologue dans le cosmos. Tout comme il y a une respiration humaine, il y a une respiration cosmique (cycle: émanation et dissolution de l’univers). Tout comme il y a des rythmes humains, il y a des rythmes cosmiques, l’ambition du yoga étant de les syntoniser, c’est-à-dire de les harmoniser. C’est le principe de l’identité structurelle entre l’homme et l’univers. Ce principe est affirmé pour la première fois en Rig-Veda 10.90, lequel regarde l’homme comme un microcosme, et l’univers comme un macrocosme. yoga iyengar


On peut encore exprimer ce principe autrement: ce qui se manifeste dans la nature trouve son expression la plus claire et la plus complète dans l’homme. Ainsi les organes de la nutrition correspondent-ils mystérieusement à la constitution de la nourriture, les organes de la respiration à l’atmosphère, la structure du pied à la consistance de la terre, et dans la courbure du crâne, c’est la courbure de la voûte céleste qui trouve son reflet. yoga



yoga Iyengar Bruxelles / Pranayama 2

 

Prânâyama matinal / Illustration de Mrs Belnos (1882)

 

 

> Suite de cet article sur le Prânâyama dans le Yoga  bientôt sur le site…..




 



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